[…] La naissance peut être, pour le bébé, la plus extraordinaire, la plus forte, la plus profonde des aventures.
Son cri n’est alors que protestation passionnée de ce qu’un plaisir si intense vient, brusquement, de cesser.

J’ai dit comment, justement, il fallait, à la naissance, tenir l’enfant, le masser. En prolongeant, ainsi, la sensation puissante, lente, rythmée, en la faisant mourir lentement, on évite la cassure brutale, cause de souffrance et de refus.
Alors il semble à l’enfant que la contraction l’accompagne sur la berge pour ne l’abandonner qu’une fois bien établi dans cette nouvelle et grisante liberté.

Ce qu’on a fait , lors de la naissance, il faut le répéter chaque jour, pendant des semaines, pendant des mois. Puisque, longtemps encore, le bébé, chaque fois qu’il se réveille, éprouve le choc de retrouver le monde à l’envers : les sensations fortes « dans » son ventre, son estomac, et « au dehors » plus rien !

Il est essentiel de rétablir l’équilibre et de nourrir le « dehors » avec autant de soin que le « dedans ».

Pour aider les bébés à traverser le désert des premiers mois de la vie, pour qu’ils n’éprouvent plus l’angoisse de se sentir isolés, perdus,

il faut parler à leur dos,
il faut parler à leur peau
qui ont soif et faim
autant que leur ventre.

Les bébés ont besoin de lait, oui. Mais plus encore d’être aimés et de recevoir des caresses.

 

« Shantala, un art traditionnel le massage de l’enfant » de Frédérick Leboyer, éditions du Seuil – 1976